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UNE LUEUR

Ce mot magique fit sourire le lecteur distrait. Eliasar ferma son livre et souffla sa lampe.

Les mains sous la nuque et les yeux fixés sur l’obscurité de sa chambre, il écoutait la mer et la chute des lames courant le long de la jetée.

Il pensait vaguement à tout son passé dont l’étrangeté ne jurait pas trop avec ses relations. Et soudain, comme une faible lumière infiniment lointaine, une idée, encore informe et fugitive, brilla dans le chaos obscur de sa rêverie.

― Ça serait rigolo, murmura-t-il.

Il se retourna, d’une pièce, dans son lit. Et, pour réfléchir avec plus de netteté, il ferma les yeux.

Maintenant la faible lueur l’illuminait intérieurement. L’idée se laissait définir. Méthodiquement, l’esprit pratique d’Eliasar mettait au point des détails, aplanissait des difficultés, corrigeait des invraisemblances, adaptait les éléments disparates de sa trouvaille au milieu où il la destinait.

Il s’endormit au petit jour et se réveilla, souriant, sûr de soi-même, avec la connaissance parfaite de ce qu’il devait faire. Il fut pour la journée d’une humeur charmante. Krühl, qui toute la nuit avait vécu avec les gentilshommes de fortune les plus prestigieux, montrait un visage chagrin et fatigué, les yeux ouverts sur un bol de café au lait et les mains distraites dans la fourrure de Rackam, allongé sur la table.