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UNE LUEUR

chez une femme très maquillée, au visage piqué par la petite vérole, et qui tenait une inquiétante boutique d’antiquaire de l’autre côté de l’eau.

Eliasar déjeuna même plusieurs fois avec un de ses bons amis, un vieux camarade de lutte, disait-il, qui s’occupait de reliures d’art et de vente de tableaux.

― J’ai du papier ancien, lui dit Samuel. Un petit lot que j’ai trouvé. Voici du parchemin également ancien, ce n’est d’ailleurs pas rare. Pourrais-tu me relier le tout, dans la manière du XVIIIe siècle. Quelque chose de remarquable comme travail. Ça doit passer dans les mains d’un tas de types qui ne sont pas des gourdes en cette matière.

― C’est très facile, dit le relieur, un petit homme bedonnant, vêtu d’une longue blouse blanche.

― Tu comprends, confia Eliasar. C’est une affaire, comment dirais-je, je lance une supercherie littéraire. Ça sera très rigolo… mais il faut que tout le monde marche… papier, reliure, encre, écriture, etc… tu me comprends.

― Ce n’est pas compliqué, déclara l’autre. Je te donnerai des tuyaux pour jaunir l’encre et pour les taches d’humidité sur les pages. Ça fait très bien les taches d’humidité. Et naturellement, c’est très pressé ?

― Ah, mon vieux, il me faut le tout dans