Page:Malato - De la Commune à l'anarchie, Tresse et Stock, 1894.djvu/115

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rivières néo-calédoniennes, était basse ; maintenant elle remontait.

Elle remontait même si vite que, tout d’un coup je fus emporté par l’irrésistible courant et, perdant tout à fait pied, dus nager, ce que je fis avec lourdeur, empêtré par mes habits. J’atterris cependant sur la rive droite.

Ce n’était point de là que j’étais parti ; je me trouvais maintenant plus en amont, plus rapproché de mon bureau, par conséquent, à ne considérer la distance qu’à vol d’oiseau. Mais dans quel endroit ! Devant moi, à ma droite, à ma gauche, s’étendait un vaste marécage où croissaient quelques palétuviers. J’eusse peut-être pu me remettre à l’eau et longer la rive à la nage, jusqu’à un endroit plus propre aux exercices pédestres : c’était peut-être le plus sage, mais j’aime peu me détourner de mon chemin à moins que l’obstacle ne me paraisse insurmontable et je ne voyais là rien de tel. Déjà trempé comme une soupe, le mal n’était pas grand de gâter encore tant soit peu ma toilette.

J’allai de l’avant, et doucement, mais je n’allai pas longtemps en dépit du proverbe italien chi va piano va sano. Au troisième pas, j’avais de la boue jusqu’aux chevilles, une boue molle dans laquelle on s’engloutissait comme dans du beurre ; au cinquième, j’enfonçai de vingt centimètres ; au huitième, je dus m’arrêter ayant les deux genoux pris comme dans un étau par l’immonde élément, ni solide, ni liquide, dans lequel je me sentais disparaître à vue d’œil.

J’avais fort admiré dans les Misérables la belle description de l’enlisement, c’est dire que je me rendais parfaitement compte de ma situation. Le soleil brillait au dessus de ma tête, à peine intercepté par les bran-