Page:Malato - De la Commune à l'anarchie, Tresse et Stock, 1894.djvu/116

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ches sombres des palétuviers ; le ciel implacablement bleu, semblait insulter à ma détresse ; derrière moi, à quelques mètres, coulait la rivière m’apportant doucement le murmure de la marée montante. Toutes ces choses inanimées m’entouraient de leur majesté puissante et je me sentais disparaître dans ce cloaque gluant et brunâtre, où, parmi le fourmillement des myriades d’infiniment petits couraient les crabes de marais, qui, dans un quart d’heure peut-être, allaient se repaître de ma chair, vengeant ainsi la race des crustacés sacrifiés à l’homme !

La position n’était pas gaie, pas du tout ! S’éteindre avant l’âge de la goutte ou des rhumatismes rien de mieux, mais dans un autre décor et surtout d’une façon moins lente, moins affreuse ! Dans cinq minutes, dix au plus, j’allais bien en avoir jusqu’à la poitrine et une fois là, la tête ne tarderait pas à suivre : c’était surtout pour la bouche et les yeux que la perspective me déplaisait.

Et, cependant, je ne poussai pas un cri, même d’appel : amour-propre mal placé ? Peut-être. Mais à quoi bon crier ! qui eût pu m’entendre ?

À défaut de cri, je jetai pourtant autre chose, le regard, autour de moi, et le regard fut aussitôt suivi des mains.

Je venais d’apercevoir, gisant à terre à deux pas de moi la verte branche d’un cocotier : le brin de paille du noyé.

Le cocotier, soit dit pour les personnes peu initiées aux mystères de la botanique, est un arbre droit, côtelé et spongieux, atteignant parfois soixante pieds et ne poussant de branches, si l’on peut employer ce mot, qu’à son sommet épanoui en un vert bouquet. Ces bran-