Page:Malato - De la Commune à l'anarchie, Tresse et Stock, 1894.djvu/162

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monde, si grandes dans les destinées de l’humanité ? Cette immensité bleue et sereine qui nous enveloppait, semblait quelque majestueux linceul, étendu par la déesse de l’oubli. Vivre de la vie contemplative des indigènes, de la vie ruminante des colons, on ne le pouvait : le Pacifique avait beau nous bercer du rythme monotone de ses vagues d’azur, là bas, plus loin que l’horizon, à des milliers de lieues, nous savions qu’il existait un vieux continent où toutes les forces vives de notre espèce jouaient leur œuvre. Où en était cette république qui pour nous, naïfs, avait toujours représenté l’idéal de liberté, de fraternité et de justice, remplaçant l’idolâtrie religieuse éteinte en nos cœurs ? La forme parlementaire l’emportait-elle sur la forme césarienne ? Mac-Mahon capitulait-il devant les libéraux bourgeois, poussés eux-mêmes par les bouillants démocrates ? Ces foudres du républicanisme montagnard et jacobin, Floquet, Lockroy, Barodet, Greppo et Naquet, aiguillonnés par le dantonien Gambetta gagnaient-ils du terrain ? Les despotes européens continuaient-ils à comprimer tout esprit révolutionnaire ? L’Espagne, l’Italie, dormaient-elles encore ? On annonçait des troubles sérieux dans les Balkans, — les « Ba-ta-clans », disaient sérieusement les colons érudits qui s’occupaient de politique, — l’éternelle question d’Orient allait-elle, une fois de plus convulser la vieille Europe ?

Fils d’un républicain révolutionnaire et d’une mère libérale dans le vrai sens du mot, j’étais naturellement admirateur passionné des immortels principes, mélangeant à ma foi politique un fond d’élans mystiques qui avaient failli, vers les onze ou douze ans, me jouer de mauvais tours. L’impressionnable cerveau humain, avide