Page:Malato - De la Commune à l'anarchie, Tresse et Stock, 1894.djvu/164

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dats du poste mon démocratisme naïf, adjurant les plus intelligents, à leur retour au pays, de toujours voter pour les candidats du Rappel.

Ah ! si nous eussions pu avoir des nouvelles, autres que les ukases transmis par le Moniteur officiel de Nouméa, feuille insipide et hebdomadaire ! Mais comment ?

Les missionnaires de Pouébo, qui devaient entrevoir notre « état d’âme », pour parler le langage psychologue, estimèrent sans doute que la lecture de feuilles bien pensantes, accueillies faute de mieux, réussirait à nous convertir. Le père Villars nous rendit une visite de… voisinage et nous offrit le Rosier de Marie, dont nous déclinâmes la lecture avec politesse mais fermeté, puis l’Univers qui nous trouva moins dédaigneux. C’était un vigoureux styliste que Louis Veuillot, et il eût fallu être bien aveuglé par le sectarisme, pour faire fi de sa prose : par le journal ultramontain, nous possédions enfin des éléments d’informations et en étions quittes pour déduire des conclusions diamétralement opposées aux siennes. Nous eûmes, dès ce moment, des nouvelles fraîches… de trois mois. Plus tard, ô bonheur ! nous pûmes nous procurer le Siècle, qui passait pour un journal cramoisi : nous n’eûmes pas le bonheur d’arriver jusqu’au Rappel.

Un jour, me rendant à la paillotte familiale, assez hilare, car je venais d’être informé de ma promotion à une classe supérieure avec quatre cents francs d’augmentation, je trouvai chez nous trois déportés. Ils venaient d’Oégoa, leur résidence, et se dirigeaient vers Galarinou, à vingt kilomètres d’Oubatche, à la recherche d’un gisement aurifère vaguement signalé. Brunetti, Gomer, Barban étaient de charmants camarades qui, au cours de leurs fréquentes allées et venues,