Page:Malato - De la Commune à l'anarchie, Tresse et Stock, 1894.djvu/166

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lui paraissaient les plus beaux du monde… si beaux que, pour ne point les détériorer, il les portait, non à ses pieds mais à son cou, suspendus par une ficelle et caressant délicieusement de leurs salubres émanations son nerf olfactif. Un jour, cependant, il se résolut à les mettre pour revenir de Galarinou à Oégoa, mais, au premier ruisseau, large de dix mètres, il trembla pour ses précieuses chaussures : il n’avait qu’à les retirer ou à passer outre, avec de l’eau jusqu’à mi-genou, le soleil néo-calédonien séchant victorieusement les objets mouillés. Au lieu de cela, il se détourna jusqu’à un endroit où le ruisseau, encaissé entre de grosses roches, perd en largeur ce qu’il gagne en profondeur. Bizien prit son élan et, avec la légèreté d’un hippopotame, sauta d’un bord à l’autre : il glissa sur la pierre et se brisa le crâne. Son corps fut retrouvé presque à fleur d’eau, déjà entamé par la morsure avide des crabes. Le pauvre diable était catholique fervent ; ses amis les déportés, respectueux des opinions individuelles, firent célébrer à son intention un service religieux auquel ils n’assistèrent pas : le père Villars vint bénir une croix sur sa tombe.

Une autre mort vint attrister la petite population d’Oubatche : au cours d’un accès de fièvre, madame Henry se tua d’une balle de revolver dans le cœur. Ce fut une grande perte pour les mineurs et stockmen de la région qui avaient toujours trouvé sous son toit la plus franche hospitalité. Son mari, le jour de son inhumation, apparut prostré, âgé de cent ans, et l’assistance, soldats et colons, se sentit remuée, tandis que le nouveau commandant ânonnait sur la tombe un discours appris par cœur.

L’année 1877 amena un krach formidable de l’industrie minière, krach qui, en se répercutant, finit par faire