Page:Malato - De la Commune à l'anarchie, Tresse et Stock, 1894.djvu/168

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haute taille, noir de couleur et déjà vieux, au visage long et maigre, au front plat, aux yeux étincelants d’énergie et de résolution. Il conservait toujours une grande dignité : une fois, le gouverneur, en tournée, l’avait fait appeler au chef-lieu de la circonscription ; Ataï vint, coiffé d’un képi qu’il ne retira pas, — « Quand le gouverneur te parle, tu dois te découvrir », lui dit solennellement le commandant territorial, heureux de faire sa cour. Sans faire attention à ce quidam, le sauvage répondit directement au chef de la colonie : « Quand toi ôter ta casquette, moi ôter la mienne. »

Ataï, qui fut l’initiateur et l’âme de l’insurrection de 1878, du 19 juin au 1er septembre, semble avoir conçu le projet d’un soulèvement général, idée vaste et d’une exécution difficile, étant données les anciennes rivalités et les différences de langue des tribus. Il envoya des messagers aux principales peuplades de l’île, connues pour leur haine des blancs, notamment à celle des Oébias. Le plan était de s’insurger partout, le 24 septembre, anniversaire de la prise de possession. Tandis que les colons eussent assisté aux réjouissances de haut goût par lesquelles on commémore ce grand fait : courses en sacs, ascension de mâts de cocagne, jeu de ciseaux, les indigènes auraient, presque sans résistance, tout mis à feu et à sang. Sauf à Nouméa, gardé par cinq compagnies d’infanterie de marine, des détachements d’artillerie, de gendarmerie et la division navale, les révoltés eussent pu tout balayer. Malheureusement pour eux, ce plan fut déjoué par l’imprévu.

Deux autres grands chefs du voisinage, Naïna et Aréki, luttèrent énergiquement avec Ataï contre les Français et, pourchassés, tinrent jusqu’au commencement de l’année