Page:Malato - De la Commune à l'anarchie, Tresse et Stock, 1894.djvu/170

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Suisse et ne se grisait guère. À sa dixième bouteille, ses yeux commençaient à papilloter ; il s’endormait généralement et se réveillait dispos, rose comme une jeune fille et caressant sa longue barbe d’or. Il semblait quelque dieu du Rhin égaré sous les tropiques et, de fait, il parlait avec amour du vieux fleuve germanique. Ce mineur-stockman était, en outre, un grand dépopulateur de rivières, mais non à la façon ordinaire : il dynamitait le poisson, procédé interdit par les fonctionnaires qui le pratiquent eux-mêmes. Mulets, loches, bossus, carangues succombaient ou s’évanouissaient, foudroyés au sein de l’eau par les terribles cartouches : la pêche miraculeuse était renouvelée et Hook en distribuait royalement le produit.

La côte nord-est demeurait son domaine. Fort comme un chêne, hardi, délié, parlant bien les dialectes locaux, il s’aventurait seul dans des endroits peu catholiques, où bien des blancs eussent hésité à le suivre, et il en revenait indemne.

Frotté de radicalisme et autrement instruit que la plupart des colons, Hook me plaisait fort : nous nous liâmes. Nous n’en étions point à notre première partie, lorsque, un soir de juin, il me proposa de l’accompagner à Diahoué, où se donnait un pilou monstre.

J’en avais vu de ces solennités sauvages ! Et non seulement des sauteries en déshabillé mais même des guerres intestines, peu sanglantes, à la vérité, causées, neuf fois sur dix par quelque rapt de popiné et terminées aussi souvent par une rançon de monnaie calédonienne. Je dis bien « monnaie », car ces indigènes, dont l’état social est un mélange de communisme et de féodalité, avaient adopté entre eux, principalement dans leurs transactions