Page:Mallarmé - Œuvres complètes, 1951.djvu/1495

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Dr Bonniot rapporte, à la date du 27 décembre 1892 : « A propos des fautes d’impression de son ouvrage IVrr et Prose, il [Mallarmé] nous fait remarquer comme très bizarre celle d'exotique de la Prose pour des Esseintes : impression générale produite sur l’ouvrier par la lecture du poëme où ce mot ne se trouve pas une fois. » On peut lire, en effet, au 4e vers de la 9e strophe, dans cette édition : Occupe mon exotique soin. « La Prose passe pour la quintessence de l’inintelligible », dit Albert Thibaudet en tète de l’exégèse à la fois brillante et douteuse qu’il donne de ce poëme dans la Poésie de Stéphane Mallarmé (pp. 403 et sq.) et à laquelle nous renvoyons le lecteur, qui trouvera, dans l’ouvrage cité de Mme Noulct, une autre interprétation, fort différente et non moins hypothétique du même poëme. « J’essaierai, dit Thibaudet, de satisfaire le lecteur exigeant ou sceptique par un mot à mot rigoureux. Ce travail d’exégète se trouve d’ailleurs autorisé par l’invocation byzantine sous laquelle est mis le poëme. » La Prose pour des Esseintes est dans l’œuvre de Mallarmé, l’équivalent d'Art Poétique, dans l’œuvre de Verlaine ; une profession de foi littéraire; mais combien plus hermétique. Dans son sensible article sur Mallarmé (Nouvelle Revue française, 1926), M. Henry Charpentier dit, à propos de ce poëme : « Les deux strophes finales de l’admirable Prose pour des Esseintes laissent les meilleurs lecteurs dans l’inquiétude. Reprenons-les. Lorsque le Poëte a suscité les merveilles de son art poétique, art de raffinement hyperbolique et un peu fiévreux, limité par sa perfection même, art dont chaque détail, chaque fleur devient un tout achevé, suffisant en soi, mille changeantes facettes d’un diamant, mille poëmes en un seul, Telles, immenses que chacune Ordinairement se para D'un lucide contour, lacune Oui des jardins la sépara, la compagne du poëte, la maîtresse spirituelle, la lectrice unique, (nous fûmes deux !) comme éveillée d’un songe, mais instruite, docte, va par le monde réel : Et docte déjà, par chemins, Elle dit le mot Anastase Né pour d'éternels parchemins. Le mot, et non pas seulement le nom propre . \nastase. Si l’on veut bien tenir compte de l’étymologie on comprend que ce mot, outre la touche dorée et byzantine qu’il pose sans doute, du bout de la plume, annonce d’abord la Résurrection de la poésie, la vie nouvelle que l’art subtil du suprême poëte a créée pour d’éternels parchemins.