Page:Marais - Nicole, courtisane.djvu/43

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les façons. Son programme quotidien : douze heures de travail, six heures de débauche, deux heures de lecture et quatre heures de sommeil. Ça, durant trente ans… Aujourd’hui, il a passé la soixantaine : vous le croyez peut-être assagi, tout au moins affaibli ?… Eh bien, il vient de quitter une gamine de dix-sept ans, sa dernière maîtresse, parce qu’il la trouvait trop sotte et pas assez vicieuse. Avez-vous remarqué la vivacité de ses yeux de braise et la jeunesse de sa voix, Nicole ?… Ah ! La femme qui le tiendrait, celui-là ; qui saurait mater l’homme par la chair, l’imagination ; qui pimenterait son désir du sel de l’esprit, du poivre des caresses… qui enjôlerait ce sensuel impénitent, et courberait devant elle le puissant qui fait plier tant d’échines… Voyez-vous cette victoire, Nicole : la suprême aventure de Léon Brochard ?

Ce que je vois surtout, rusé Colin, c’est ta malice de démon que trahit, à mes yeux de myope, l’imperceptible fil blanc : tu mets en œuvre toutes les roueries, faisant appel à mon intérêt, ma vanité, mon ambition… Habile, trop habile financier : je plains les clients qui hantent ta banque ! Il doit raffoler de toi, M. Gogo.