Page:Marais - Nicole, courtisane.djvu/60

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profitera, ni vous, ni un autre… Les hommes de mon milieu sont incapables d’aimer comme je vaux de l’être… Et cet amour imprévu — que je prévois, — je ne peux guère me le figurer…

Me voilà partie pour le pays des rêves ; mon esprit s’envole sur l’aile de la reine Mab… Julien a l’adresse de se taire, et me contemple avec les yeux affamés d’un gosse qui écrase son nez contre la vitrine du pâtissier.

Tout à coup, je reprends pied. Je toise le petit Dangel, et questionne, moqueuse :

— Que faites-vous de votre Sylvie, dans tout cela ?… Vous voyez : vous vous targuez d’aimer sincèrement, et la première preuve que vous m’en donniez débute par une trahison.

— Je ne vous ai jamais dit que j’aimais Sylvie ; je vous ai dit qu’elle m’aime, répond froidement Julien.

Fat ! Arriviste ! Quelles jolies petites pensées de gredin doivent rouler dans cette tête blonde. Il se verrait fort bien, le jeune homme, ami de la souveraine dans l’ombre du somptueux Bernard et de l’imposant Brochard…

Frrtt ! Frrtt ! Un grattement de souris à la