Page:Marais - Nicole, courtisane.djvu/78

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


penche les fruits gonflés de sa poitrine ronde. La bouche impérieuse de Brochard cueille mes lèvres sans que je résiste, engourdie de mollesse, alanguie d’une joie indéfinissable…

Tout à l’heure je savais que ma visite avait trois causes : le prestige qu’exerçait sur mon âme d’ambitieuse la personnalité d’un homme d’État illustre ; le désir pervers de désobéir à Paul, de punir sa défiance — en la justifiant ; et, peut-être, une docilité inconsciente, une vague impulsion, me poussant à céder à la suggestion de Landry Colin, à commencer ce rôle d’auxiliaire, d’enjôleuse, de complice, soufflé par l’insidieux banquier.

À présent, je ne me souviens plus… Pourquoi suis-je ici ? Je l’ignore, mais c’est très simple, et je ne songe pas à m’en étonner ; tout me semble naturel quand je suis un peu grise… Le maître d’hôtel est-il revenu ? Ai-je chipoté d’autres plats, après la sole normande ?…

À quel moment suis-je sortie de la salle à manger imposante pour entrer dans cette chambre bleue, à la pendule Louis XV, aux meubles rocailles, au lit bas et large, tendu de peluche turquoise, et près duquel Léon Bro-