Page:Marais - Nicole, courtisane.djvu/83

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— Je suis heureux de constater que vous observez mes conseils… Vous savez, je vous reconduis : il est inutile que je lui fasse visite maintenant, puisque vous l’avez vu…

Est-ce la migraine lancinante — suite de mon ivresse au champagne, — ou les paroles de Colin, qui me donnent des nausées ? J’ai comme une envie de vomir… Fixant Colin d’un regard froid, je dis, la voix sifflante :

— Écoutez, Landry, allez ailleurs, laissez-moi ; je vous assure que ça vaudra mieux… Vous me dégoûtez un peu, en ce moment.

Alors, le banquier éclate d’une colère âpre et puissante qui le transfigure, et lui inspire une sorte d’éloquence violente, une rudesse en désaccord avec son caractère souple et insinuant. Il murmure, frémissant de rage sourde :

— Ah ! Nicole… Réservez votre mépris pour d’autres : il y a plus vil que moi. Lorsqu’on me pourchasse comme une bête traquée, me tendant des pièges à chaque pas ; que, harcelé par Jules Bouvreuil, et les manœuvres de ses acolytes ; obligé de prévoir, de parer, d’éventer les ruses qu’élabore la haine tenace de cet homme, j’aurais déjà succombé vingt fois sans ma vigilance ; quand, tenant tête à la bande