Page:Marco Polo et al. - Deux voyages en Asie au XIIIe siècle, 1888.djvu/158

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se retirent en été sur leur territoire pour jouir de la fraîcheur et de l’utilité des pâturages, et ne se retirent qu’en hiver, à cause des grandes neiges et des inondations. C’est sur les montagnes de cette province[1] que s’arrêta l’arche de Noé après le déluge. Elle a à l’orient la province des Géorgiens. Du côté du septentrion on trouve une grande source dont il sort une liqueur semblable à l’huile ; elle ne vaut rien à manger, mais elle est bonne à brûler et à tout autre usage ; ce qui fait que les nations voisines en viennent faire leur provision, jusqu’à en charger beaucoup de vaisseaux, sans que la source, qui coule continuellement, en paraisse diminuée en aucune manière[2].

XIV
De la province de Géorgie.


La province de Géorgie paye tribut au roi des Tartares et le reconnaît pour son souverain. Les Géorgiens sont de beaux hommes, bons guerriers et fort adroits à tirer de l’arc ; ils sont chrétiens selon les rites des Grecs ; ils portent les cheveux courts comme les clercs d’Occident. Cette province est de difficile accès, principalement du côté de l’orient, car le chemin est très étroit et bordé d’un côté par la mer, et de l’autre par des montagnes. Il faut passer par ce chemin-là, qui est long de quatre lieues, avant que d’entrer dans le pays, ce qui fait qu’on en peut empêcher l’entrée à une grande armée, avec peu de monde. Les habitants ont plusieurs villes et châteaux ; leur principale richesse est en soie, dont ils font de riches étoffes. Quelques-uns s’appliquent aux ouvrages mécaniques, d’autres aux

  1. Sur le mont Ararat. Une légende du pays veut même que les débris de l’arche soient encore sur cette montagne.
  2. L’huile de pétrole, que produit en grande abondance la presqu’île de Bakou, sur la mer Caspienne. Cette région est encore considérée comme terre sacrée par les derniers adorateurs du feu, ou parsis, disciples de Zoroastre.