Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/123

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depuis ceste heure-là en avant, sans empeschement ne fascherye, il eut la fruition telle qu'il la povoit desirer.

"Je vous prie, mes dames, trouvez-moy une femme qui ait esté si ferme, si patiente et si loyalle en amour que cest homme icy a esté! Ceulx qui ont experimenté telles tentations, trouvent celles que l'on painct en sainct Anthoine bien petites au pris; car qui peult estre chaste et patient avecq la beaulté, l'amour, le temps et le loisir des femmes, sera assez vertueux pour vaincre tous les diables. - C'est dommaige, dist Oisille, qu'il ne s'adressa à une femme aussy vertueuse que luy; car ce eust esté la plus parfaicte et la plus honneste amour, dont l'on oyst jamais parler. - Mais je vous prie, dist Geburon, dictes lequel tour vous trouvez le plus difficille des deux? - Il me semble, dist Parlamente, que c'est le dernier; car le despit est la plus forte tentation de toutes les autres." Longarine dist qu'elle pensoit que le premier fust le plus mauvais à faire; car il falloit qu'il vaincquist l'amour et soy-mesmes pour tenir sa promesse. - Vous en parlez bien à voz aises, dist Simontault; mais nous, qui sçavons que la chose vault, en debvons dire nostre oppinion. Quant est de moy, je l'estime à la premiere fois sot et à la dernière fol; car je croy que, en tenant promesse à sa dame, elle avoit autant ou plus de peyne que luy. Elle ne luy faisoit faire ce serment, sinon pour se faindre plus femme de bien