Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/130

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que en une parolle ilz ont blessé deux cueurs, dont les corps ne sçauroient plus faire que languyr; monstrans bien, par cest effect, que oncques amour ne pitié n'entrerent en leur estomac. Je sçay bien que leur fin est de nous marier chascun bien et richement; car ilz ignorent que la vraye richesse gist au contentement; mais si m'ont-ilz faict tant de mal et de desplaisir, qu'il est impossible que jamais de bon cueur je leur puisse faire service. Je croy bien que, si je n'eusse poinct parlé de mariage, ilz ne sont pas si scrupuleux, qu'ilz ne m'eussent assez laissé parler à vous, vous asseurant que j'aymerois mieulx morir, que changer mon opinion en pire, après vous avoir aymé d'une amour si honneste et vertueuse, et pourchassé envers vous ce que je vouldrois defendre envers tous. Et, pour ce que en vous voyant je ne sçaurois porter ceste dure penitence, et qu'en ne vous voyant, mon cueur, qui ne peult demeurer vuide, se rempliroit de quelque desespoir dont la fin seroit malheureuse, je me suis deliberé et de long temps de me mectre en religion: non que je sçaiche très bien qu'en tous estatz l'homme se peut saulver, mais pour avoir plus de loisir de contempler la Bonté divine, laquelle, j'espere, aura pitié des faultes de ma jeunesse, et changera mon cueur, pour aymer autant les choses spirituelles qu'il a faict les temporelles. Et si Dieu me faict la grace de pouvoir gaingner