Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/136

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Ainsy qu'au monde

Fut pure et monde

Nostre parfaicte amityé;

Dedans le cloistre.

Pourra paroistre

Plus grande de la moictié;

Car amour loyal et ferme,

Qui n'a jamais fin ne terme,

Droict au ciel nous conduira.

Que dira-elle, etc.

Quant elle eut bien au long leu ceste chanson, estant à part en une chappelle, se mist si fort à pleurer, qu'elle arrouza tout le papier de larmes. Et n'eust esté la craincte qu'elle avoit de se monstrer plus affectionnée qu'il n'appartient, n'eust failly de s'en aller incontinant mectre en quelque hermitaige, sans jamais veoir creature du monde. Mais la prudence qui estoit en elle la contraingnit encores pour quelque temps dissimuller. Et, combien qu'elle eust prins resolution de laisser entierement le monde, si faingnit-elle tout le contraire, et changeoit si fort son visaige, qu'estant en compaignye, ne resembloit de rien à elle-mesme. Elle porta en son cueur ceste deliberation couverte cinq ou six moys, se monstrant plus joyeuse qu'elle n'avoit de coustume. Mais, ung jour, alla avecq sa maistresse à l'Observance; oyr la grand messe; et, ainsi que le prebstre, diacre et soubz-