Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/163

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le congnoissoit; et là s'en alloit la damoiselle Rolandine avecq sa gouvernante l'entretenir. Luy, voyant la grande amour qu'elle luy portoit, n'eut craincte de luy dire: "Madamoiselle, vous voyez le hazard où je me metz pour vostre service, et les deffenses que la Royne vous a faictes de parler à moy? Vous voyez, d'autre part, quel pere vous avez, qui ne pense, en quelque façon que ce soit, de vous marier. Il a tant refusé de bons partiz, que je n'en sçaiche plus, ny près ny loing de luy, qui soit pour vous avoir. Je sçay bien que je suis pauvre, et que vous ne sçauriez espouser gentil homme qui ne soit plus riche que moy. Mais si amour et bonne volunté estoient estimez ung tresor, je penserois estre le plus riche homme du monde. Dieu vous a donné de grands biens, et estes en dangier d'en avoir encores plus: si j'estoys si heureux que vous me voulussiez eslire pour mary, je vous serois mary, amy et serviteur toute ma vie; et si vous en prenez ung esgal à vous, chose difficille à trouver, il vouldra estre maistre et gardera plus à vos biens que à vostre personne, et à la beaulté que à la vertu; et, en joysant de l'ususfuict de vostre bien, traictera votre corps autrement qu'il ne le merite. Le desir que j'ay d'avoir ce contentement, et la paour que j'ay que vous n'en ayez poinct avecq ung autre, me font vous supplier que, par un mesme moyen, vous me rendez