Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/164

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heureux et vous la plus satisfaicte et la mieux traictée femme qui oncques fut." Rolandine, escoutant le mesme propos qu'elle avoit deliberé de luy tenir, luy respondit d'un visaige constant: "Je suys très aise dont vous avez commencé le propos, dont, long temps a, j'avois deliberé vous parler, et auquel, depuis deux ans que je vous congnoys, je n'ay cessé de penser et repenser en moy-mesmes toutes les raisons pour vous et contre vous que j'ay peu inventer. Mais, à la fin, sçachant que je veulx prendre l'estat de mariage, il est temps que je commence et que choisisse avecq lequel je penseray mieux vivre au repos de ma conscience. Je n'en ai sceu trouver un, tant soit-il beau, riche ou grand seigneur, avec lequel mon cueur et mon esperit se peust accorder, sinon à vous seul. Je sçay qu'en vous espousant, je n'offenseroye poinct Dieu, mais je faictz ce qu'il commande. Et quant à Monseigneur mon pere, il a si peu pourchassé mon bien et tant refusé, que la loy veult que je me marie, sans ce qu'il me puisse desheriter. Quant je n'auray que ce qui m'appartient, en espousant ung mary tel envers moy que vous estes, je me tiendray la plus riche du monde. Quant à la Royne ma maistresse, je ne doibtz poinct faire de conscience de luy desplaire pour obeyr à Dieu; car elle n'en a poinct faict de m'empescher le