Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/166

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que la Royne en oyt parler, et luy demanda pour quelle occasion elle tenoit ce langaige. Rolandine luy dist que c'estoit pour luy obeyr, car elle sçavoit bien qu'elle n'avoit jamais eu envie de la marier au temps et au lieu où elle eust esté honnorablement pourveue et à son ayse; et que l'aage et la patience luy avoient apprins de se contanter de l'estat où elle estoit. Et, toutes les fois que l'on luy parloit de mariage, elle faisoit pareille response. Quant les guerres estoient passées et que le bastard estoit retourné à la court, elle ne parloit poinct à luy devant les gens, mais alloit tousjours en quelque eglise l'entretenir soubz couleur de se confesser; car la Royne avoit defendu à luy et à elle, qu'ilz n'eussent à parler tous deux, sans estre en grande compaignye, sur peyne de leurs vies. Mais l'amour honneste, qui ne congnoist nulles deffenses, estoit plus prest à trouver les moyens pour les faire parler ensemble, que leurs ennemyz n'estoient promptz à les guecter; et, soubz l'habit de toutes les religions qu'ilz se peurent penser, continuoient leur honneste amityé jusques à ce que le Roy s'en alla en une maison de plaisance près de Tours, non tant près que les dames peussent aller à pied à aultre eglise que à celle du chasteau, qui estoit si mal bastye à propos, qu'il n'y avoit lieu à se cacher, où le confesseur eust esté clairement congneu.