Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/167

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Toutesfois, si d'un costé l'occasion leur falloit, amour leur en trouvoit une autre plus aisée. Car il arriva à la court une dame de laquelle le bastard estoit proche parent. Ceste dame avecq son filz furent logez en la maison du Roy; et estoit la chambre de ce jeune prince advancée toute entiere oultre le corps de la maison où le Roy estoit, tellement que de sa fenestre povoit veoir et parler à Rolandine, car les deux fenestres estoient proprement à l'angle des deux corps d'une maison. En ceste chambre, qui estoit sur la salle du Roy, là estoient logées toutes les damoiselles de bonne maison en la compaignie de Rolandine. Laquelle, advisant par plusieurs foys ce jeune prince à sa fenestre, en feyt advertir le bastard par sa gouvernante; lequel, après avoir bien regardé le lieu, feyt semblant de prendre fort grand plaisir de lire ung livre des Chevaliers de la Table ronde, qui estoit en la chambre du prince. Et, quant chacun s'en alloit disner, pryoit ung varlet de chambre le vouloir laisser achever de lire, et l'enfermer dedans la chambre, et qu'il la garderoit bien. L'autre, qui le congnoissoit parent de son maistre, et homme seur, le laissoit lire tant qu'il luy plaisoit. D'autre costé, venoit à sa fenestre Rolandine, qui, pour avoir occasion d'y demeurer plus longuement, faingnit d'avoir mal à une jambe et disnoit et souppoit de si bonne