Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/169

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plus de ce que les gens estimez bien saiges et aagez y estoient plus affectionnez que les jeunes; et, pour une merveille, luy compta comme le bastard son cousin y demeuroit quatre ou cinq heures tous les jours à lire ce beau livre. Incontinant frappa au cueur de ceste dame l'occasion pourquoy c'estoit, et donna charge au varlet de chambre de se cacher en quelque lieu, et de regarder ce qu'il feroit; ce qu'il feyt, et trouva que le livre où il lisoit estoit la fenestre où Rolandine venoit parler à luy; et entendit plusieurs propos de l'amityé qu'ilz cuydoient tenir bien seure. Le lendemain, le racompta à sa maistresse, qui envoya querir le bastard, et, après plusieurs remonstrances, luy defendit de ne se y trouver plus; et le soir, elle parla à Rolandine, la menassant, si elle continuoit cette folle amityé, de dire à la Royne touts ses menées. Rolandine, qui de rien ne s'estonnoit, jura que, depuis la deffense de sa maistresse, elle n'y avoit poinct parlé, quelque chose que l'on dist, et qu'elle en sceut la verité tant de ses compaignes que des varletz et serviteurs. Et quant à la fenestre dont elle parloit, elle luy nya d'y avoir parlé au bastard; lequel, craignant que son affaire fust revelé, s'eslongna du dangier, et fut long temps sans revenir à la court, mais non sans escripre à Rolandine par si subtilz moyens, que, quelque guet que la