Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/178

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comme je me suis conduicte en l'affaire dont l'on me charge, puisque je sais que Dieu et mon honneur n'y sont en riens offensez. Et voylà qui me faict parler sans craincte, estant seure que celluy qui voyt mon cueur est avecq moy; et si ung tel juge estoit pour moy, j'aurois tort de craindre ceulx qui sont subjectz à son jugement. Et pourquoy doncques doibs-je pleurer, veu que ma conscience et mon cueur ne me reprennent poinct en cest affaire, et que je suis si loing de m'en repentir, que, s'il estoit à recommencer, j'en ferois ce que j'ai faict? Mais vouz, Madame, avez grande occasion de pleurer, tant pour le grand tort que, en toute ma jeunesse, vous m'avez tenu, que pour celluy que maintenant vous me faictes de me reprendre devant tout le monde d'une faulte qui doibt estre imputée plus à vous que à moy. Quant je aurois offensé Dieu, le Roy, vous, mes parens et ma conscience, je serois bien obstinée si, de grande repentance, je ne pleurois. Mais, d'une chose bonne, juste et saincte, dont jamais n'eust été bruict que bien honnorable, sinon que vouz l'avez trop tost esventé, monstrant que l'envye que vous avez de mon deshonneur estoit plus grande que de conserver l'honneur de vostre maison et de voz parens, je ne dois plorer. Mais, puisque ainsy il vous plaist, Madame, je ne suis pour vous contredire. Car, quant vous m'ordonnerez telle peyne