Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/185

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au pere et à Rolandine et fut incontinent conclud. Il est vray que ung frere qu'elle avoit, seul heritier de la maison, ne vouloit s'accorder qu'elle eust nul partage, lui mectant au devant qu'elle avoit desobey à son pere. Et, après la mort du bon homme, luy tint de si grandes rigueurs, que son mary, qui estoit ung puisné, et elle, avoient bien affaire de vivre. En quoy Dieu pourveut; car le frere, qui vouloit tout tenir, laissa en ung jour, par une mort subite, le bien qu'il tenoit de sa seur et le sien, quant et quant. Ainsy, elle fut heritiere d'une bonne et grosse maison, où elle vesquit sainctement et honnorablement en l'amour de son mary. Et, après avoir eslevé deux filz que Dieu leur donna, rendit joyeusement son ame à Celluy où de tout temps elle avoit sa parfaicte confiance.

"Or, mes dames, je vous prie que les hommes, qui nous veullent peindre tant inconstantes, viennent maintenant icy et me monstrent l'exemple d'un aussy bon mari, que ceste-cy fut bonne femme, et d'une telle foy et perseverance; je suis seure qu'il leur seroit si difficile que j'ayme mieulx les en quicter, que de me mectre en ceste peyne; mais, non, vous, mesdames, de vous prier, pour continuer nostre gloire, ou du tout n'aymer poinct, ou