Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/219

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de la cause de leur debat. Et lors se donnerent tant de coups et à l'un et à l'autre, que le sang perdu et la lasseté les contraingnit de se seoir à terre, l'un d'un costé et l'autre de l'autre. Et, en reprenant leur allayne, le gentil homme luy demanda: "Quelle occasion, mon frere, a converty la grande amityé que nous nous sommes tousjours portez; en si cruelle bataille?" Le beau frere luy respondit: "Mais quelle occasion vous a meu de faire mourir ma seur, la plus femme de bien qui oncques fut? Et encores si meschamment, que, soubz couleur de vouloir coucher avecq elle, l'avez pendue et estranglée à la corde de vostre lict?" Le gentil homme, entendant ceste parolle, plus mort que vif, vint à son frere, et, l'embrassant, luy dist: "Est-il bien possible que vous ayez trouvé vostre seur en l'estat que vous dictes?" Et quant le frere l'en asseura: "Je vous prie, mon frere, dist le gentil homme, que vous oyez la cause pour laquelle je me suis party de la maison." Et, à l'heure, il lui feit le compte du meschant Cordelier. Dont le frere fut fort estonné, et encores plus marry que contre raison il l'avoit assailly. Et, en luy demandant pardon, luy dist: "Je vous ay faict tort, pardonnez-moy!" Le gentil homme luy respond: "Si je vous ay faict