Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/225

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Elisor, qui en fut adverty, s’appresta pour l’aller servir comme il avoit accoustumé et feit faire ung grand mirouer d’acier, en façon de hallecret, et, l’ayant mis devant son estomach, le couvrit très bien d’ung grand manteau de frise noire, qui estoit tout bordé de canetille et d’or frisé bien richement. Il estoit monté sur un cheval maureau, fort bien enharnaché de tout ce qui estoit nécessaire à cheval, et, quelque métal qu’il y eust, estoit tout d’or, esmaillé de noir, à ouvraige de moresque. Son chappeau estoit de soye noire, sur lequel estoit attachée une riche enseigne, où y avoit pour devise ung Amour couvert par force, tout enrichi de pierreries. L’espée et le poignard n’estoient moins beaulx et bien faicts, ne de moins bonnes devises. Bref, il estoit fort bien en ordre et encores plus adroict à cheval, et le sçavoit si bien mener, que tous ceux qui le voyoient laissoient le passetemps de la chasse pour regarder les courses et les sauts que faisoit faire Elisor à son cheval.

Après avoir conduict la Royne jusques au lieu où estoient les toilles, en telles courses et grandz saults comme je vous ay dict, commencea à descendre de son gentil cheval, et vint pour prendre la Royne et la descendre de dessus sa hacquenée. Et, ainsi qu’elle luy tendoit les bras, il ouvrit son manteau de devant son estomach et, la prenant entre les siens, luy monstrant son hallecret de mi-