Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/227

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obéir à vostre commandement, vous ay je tenu promesse, car il n’y a ne aura jamais aultre imaige en mon cueur que celle que vous avez veue au dehors de mon estomach, et ceste là seule veulx je aimer, révérer et adorer, non comme femme, mais comme mon Dieu en terre, entre les mains de laquelle je mectz ma mort et ma vie, vous suppliant que ma parfaicte et grande affection, qui a esté ma vie tant que je l’ay portée couverte, ne soit ma mort en la descouvrant. Et, si ne suis digne d’estre de vous regardé ny accepté pour serviteur, au moins souffrez que je vive, comme j’ay accoustumé, du contentement que j’ay d’ont mon cueur a osé choisir pour le fondement de son amour ung si parfaict et digne lieu, duquel je ne puis avoir autre satisfaction que de sçavoir que mon amour est si grande et parfaicte que je me doibve contenter d’aimer seulement, combien que jamais je ne puisse estre aimé. Et, s’il ne vous plaist par la congnoissance de ceste grande amour m’avoir plus aggréable que vous n’avez accoustumé, au moins ne m’ostez pas la vie, qui consiste au bien que j’ay de vous veoir comme j’ay accoustumé. Car je n’ay de vous nul bien que autant qu’il en fault pour mon extrême nécessité et, si j’en ay moins, vous en aurez moins de serviteurs en perdant le meilleur et le plus affectionné que vous eustes oncques ny pourriez jamais avoir. »