Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/229

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« Puis qu’ainsy est, dist la Royne, que vous avez desja expérimenté une si longue fermeté, je ne doibz estre moins legière à vous croire que vous avez esté à me dire vostre affection. Par quoy, s’il est ainsi que vous dictes, je veulx faire telle preuve de la vérité que je n’en puisse jamais doubter et, après la preuve de la peine faicte, je vous estimeray tel envers moy que vous mesmes jurez estre, et, vous cognoissant tel que vous dictes, vous me trouverez telle que vous desirez. »

Elisor la supplia de faire de luy telle preuve qu’il luy plairoit, car il n’y avoit chose si difficile qui ne luy fust très aisée pour avoir cest honneur qu’elle peust congnoistre l’affection qu’il luy portoit, la suppliant de rechef de luy commander ce qu’il luy plairoit qu’il feist.

Elle luy dist : « Elisor, si vous m’aimez autant comme vous dictes, je suis seure que pour avoir ma bonne grace rien ne vous sera fort à faire. Par quoy, je vous commande, sur tout le desir que vous avez de l’avoir et craincte de la perdre, que, dès demain au matin, sans plus me veoir vous partiez de ceste compagnie et vous en alliez en lieu où vous n’aurez de moy, ne moy de vous, une seule nouvelle, jusque d’huy en sept ans. Vous qui avez passé sept ans en cest amour, sçavez bien que vous m’aimez, mais, quand j’auray faict pareille expérience sept ans durans, je sçauray à l’heure et