Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/231

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qu’il envoya tout son train en sa maison, et luy seul s’en alla avecq ung varlet en ung lieu si solitaire que nul de ses parens et amis durant les sept ans n’en peut avoir nouvelles.

De la vie qu’il mena durant ce temps et de l’ennuy qu’il porta pour ceste absence ne s’en peut rien sçavoir, mais ceux qui aiment ne le peuvent ignorer. Au bout des sept ans, justement ainsy que la Royne alloit à la messe, vint à elle ung hermite portant une grande barbe, qui, en luy baisant la main, luy présenta une requeste qu’elle ne regarda soubdainement, combien qu’elle avoit accoustumé de prendre de sa main toutes les requestes qu’on luy présentoit, quelques pauvres que ce fussent.

Ainsy qu’elle estoit à moictié de la messe, ouvrit sa requeste, dans laquelle trouva la moictié de l’anneau qu’elle avoit baillé à Elisor, dont elle fut fort esbahye et non moins joyeuse. Et, avant lire ce qui estoit dedans, commanda soubdain à son aulmosnier qu’il luy feist venir ce grand hermite qui luy avoit présenté la requeste.

L’aumosnier le chercha par tous costez, mais il ne fut possible d’en sçavoir nouvelles, sinon que quelcun luy dist l’avoir veu monter à cheval, mais il ne sçavoit quel chemin il prenoit.

En attendant la response de l’aumosnier, la Royne leut la requeste qu’elle trouva estre une