Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/234

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


Du feu bruslant dont vous estes remplye
Comme en beaulté très parfaicte accomplye.
Je ne puis mieulx dire adieu à tous maulx,
À tous malheurs et douloureux travaulx,
Et à l’enfer de l’amoureuse flamme,
Qu’en ung seul mot vous dire: Adieu, Madame,
Sans nul espoir, où que soye ou soyez,
Que je vous voye ne que vous me voyez.

Ceste epistre ne fut pas leue sans grandes larmes et estonnemens, accompaignez de regrets incroïables, car la perte qu’elle avoit faicte d’un serviteur remply d’une amour si parfaicte debvoit estre estimée si grande que nul trésor, ny mesmes son royaulme, ne luy povoient oster le tiltre d’estre la plus pauvre et misérable dame du monde, pour ce qu’elle avoit perdu ce que tous les biens du monde ne povoient recouvrer. Et, après avoir achevé d’oyr la messe et retourné en sa chambre, feit ung tel deuil que sa cruaulté meritoit, et n’y eut montaigne, roche, ne forest, où elle n’envoyast chercher cest hermite; mais Celluy qui l’avoit retiré de ses mains le garda d’y retumber, et le mena plus tost en paradis, qu’elle n’en sceut nouvelle en ce monde.

« Par ceste exemple ne doibt le serviteur confesser ce qui luy peult nuyre et en rien ayder. Et encores moins, mes dames, par incrédulité, debvez vous demander preuve si difficile que, en ayant la preuve, vous perdiez le serviteur.