Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/235

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— Vrayement, Dagoucin, dist Geburon, j’avois toute ma vie oye estimer la dame à qui le cas est advenu, la plus vertueuse du monde; mais maintenant je la tiens la plus folle que oncques fut.

— Toutesfois, dist Parlamente, il me semble qu’elle ne luy faisoit poinct de tort de vouloir esprouver sept ans s’il aimoit autant qu’il luy disoit, car les hommes ont tant accoustumé de mentir en pareil cas que, avant que de s’y fier, si fier il s’y fault, on n’en peult faire trop longue preuve.

— Les dames, dist Hircan, sont bien plus saiges qu’elles ne souloyent, car en sept jours de preuve elles ont autant de seureté d’un serviteur que les autres avoient par sept ans.

— Si en a il, dist Longarine, en ceste compaignie que l’on a aimée plus de sept ans à toutes preuves de harquebuse; encores n’a l’on sçeu gaingner leur amitié.

— Par Dieu, dist Simontault, vous dictes vray, mais aussi les doibt on mettre au ranc du vieil temps, car au nouveau ne seroient-elles poinct reçeues.

— Encores, dist Oisille, fut bien tenu ce gentil homme à la dame, par le moyen de laquelle il retourna entièrement son cueur à Dieu.

— Ce luy fut grand heur, dist Saffredent, de trouver Dieu par les chemins, car, veu l’ennuy où il estoit, je m’esbahis qu’il ne se donna au diable. »

Ennasuitte luy dist: « Et quand vous avez esté mal traicté de vostre dame, vous estes vous donné à ung tel maistre?

— Mil et mil fois m’y suis donné, dist Saffredent; mais le diable, voyant que tous les tormens