Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/241

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Le lieu et le temps accordez, le jeune prince ne faillit à s'y trouver; et, pour garder l'honneur de sa dame, y alla en habit dissimullé. Mais, à cause des mauvais garsons qui couroient la nuyct par la ville, ausquelz il ne se vouloit faire congnoistre, print en sa compaignie quelques gentils hommes ausquelz il se fyoit. Et, au commencement de la rue où elle se tenoit, les laissa, disant: " Si vous n'oyez poinct de bruict dedans ung quart d'heure, retirez-vous en voz logis; et, sur les trois ou quatre heures, revenez icy me querir." Ce qu'ilz feirent, et, n'oyans nul bruict, se retirerent. Le jeune prince s'en alla tout droict chez son advocat, et trouva la porte ouverte, comme on luy avoit promis. Mais, en montant le degré, rencontra le mary qui avoit en sa main une bougie, duquel il fut plus tost veu qu'il ne le peut adviser. Mais, amour qui donne entendement et hardiesse où il baille les necessitez, feit que le jeune prince s'en vint tout droict à luy, et luy dist: " Monsieur l'advocat, vous sçavez la fiance que moy et toux ceulx de ma maison avons eue en vous, et que je vous tiens de mes meilleurs et fidelles serviteurs. J'ay bien voullu venir icy vous visiter privement, tant pour vous recommander mes affaires, que pour vous prier de me donner à boyre, car j'en ay grand besoing; et de ne dire à personne du monde, que je soye icy venu, car, de