Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/271

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C'est dommaige, dis Nomerfide, dont vous avez une femme de bien, veu que non seulement vous desestimez la vertu des choses, mais la voulez monstrer estre vice. - Je suis bien ayse, dist Hircan, d'avoir une femme qui n'est poinct scandaleuse, comme aussi je ne veulx poinct estre scandaleux; mais, quant à la chasteté de cueur, je croy qu'elle et moy sommes enfans d'Adam et d'Eve; parquoy, en bien nous mirant, n'aurons besoing de couvrir nostre nudité de feulles, mais plustost confesser noste fragilité. - Je sçay bien, ce dist Parlamente, que nous avons tous besoing de la grace de Dieu, pour ce que nous sommes tous encloz en peché; si est-ce que nos tentations ne sont pareilles aux vostres, et si nous pechons par orgueil, nul tiers n'en a dommage, ny nostre corps et noz mains n'en demeurent souillées. Mais vostre plaisir gist à deshonorer les femmes, et vostre honneur à tuer les hommes en guerre: qui sont deux poinctz formellement contraires à la loy de Dieu. - Je vous confesse, ce dist Geburon, ce que vous dictes, mais Dieu qui a dict: "Quiconques regarde par concupiscence est deja adultere en son cueur, et quiconques hayt son prochain est homicide." A vostre advis, les femmes en sont-elles exemptes non plus que nous? - Dieu, qui juge le cueur, dist Longarine, en donnera sa sentence; mais c'est beaucoup que les hommes ne nous puissent accuser, car la bonté de Dieu est si grande, que, sans accusateur, il ne nous jugera poinct; et congnoist si bien fragilité de noz