Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/285

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Mon compere, voylà vostre van, et grand mercis." Et, ce disant, s'enfouyt. Et le pauvre laboureur, tout estonné, demanda à sa femme: "Qu'est cela?" Elle, luy respondit: "Mon amy, c'est vostre van, que le curé avoit empruncté, lequel il vous est venu randre." Et luy, tout en grondant, luy dist: "C'est bien rudement randre ce qu'on a empruncté, car je pensois que la maison tumbast par terre." Par ce moïen, se saulva le curé aux despens du bon homme, qui n'en trouva rien mauvays que la rudesse dont il avoit usé en rendant son van.

"Mes dames, le Maistre qu'il servoit le saulva pour ceste heure-là, afin de plus longuement le posseder et tormenter. - N'estimez pas, dist Geburon, que les gens simples et de bas estat soient exemps de malice non plus que nous; mais en ont bien davantaige, car regardez-moy larrons, meurdriers, sorciers, faux monoyers, et toutes ces manieres de gens, desquelz l'esperit n'a jamais repos; ce sont tous pauvres gens et mecanicques. - Je ne trouve poinct estrange, dist Parlamente,