Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/313

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de l'Empereur en Flandres, où il confessa sa mauvaise volunté. Et fut trouvé, par sa confession et preuve, qui fut faicte par commissaires, sur le lieu, que en ce monastere y avoit esté mené ung grand nombre de gentilz femmes et autres belles filles, par les moyens que ce Cordelier y vouloit mener ceste damoiselle; ce qu'il eut faict, sans la grace de Nostre Seigneur, qui ayde tousjours à ceulx qui ont esperance en luy. Et fut le dit monastere spolyé de ses larcins et des belles filles qui estoient dedans, et les moynes y enfermez dedans bruslerent avecq le dit monastere, pour perpetuelle memoire de ce cryme, par lequel se peult congnoistre qu'il n'y a rien plus dangereux qu'amour, quant il est fondé sur vice, comme il n'est rien plus humain ne louable, que quant il habite en ung cueur vertueulx.

"Je suis bien marry, mes dames, de quoy la verité ne nous amene des comptes autant à l'advantaige des Cordeliers, comme elle faict à leur desadvantaige, car ce me seroit grand plaisir, pour l'amour que je porte à leur ordre, d'en sçavoir quelcun où je les puisse bien louer; mais nous avons tant juré de dire verité, que je suis contrainct, après le rapport de gens si dignes de foy, de ne la celler, vous asseurant, quant les religieux feront acte de memoire à leur gloire, que je mectray grand peyne à leur faire trouver beaucoup meilleur que je n'ay faict à dire la verité de ceste-cy. -