Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/352

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je pense, quant vous avez bien regardé en ce mirouer, en lieu de vous fier à voz propres forces, vous aprendrez à vous retourner à Celluy en la main duquel gist vostre honneur. - Je suys bien ayse, dist Parlamente, de quoy vous estes devenu prescheur des dames; et le serois encores plus si vous vouliez continuer ces beaulx sermons à toutes celles à qui vous parlez. - Toutes les foys, dist Hircan, que vous me vouldrez escouter, je vous asseure que je n'en diray pas moins. - C'est à dire, dist Simontault, que, quant vous n'y serez pas, il dira aultrement. - Il en fera ce qu'il luy plaira, dist Parlamente, mais je veulx croire, pour mon contentement, qu'il dict tousjours ainsy. - A tout le moings, l'exemple qu'il a alleguée servira à celles qui cuydent que l'amour spirituelle ne soit poinct dangereuse. Mais il me semble qu'elle l'est plus que toutes les aultres. - Si me semble-il, dist Oisille, que aymer ung homme de bien, vertueux et craingnant Dieu, n'est poinct chose à despriser, et que l'on n'en peut que mieulx valloir. - Madame, dist Parlamente, je vous prie croyre qu'il n'est rien plus sot, ne plus aysé à tromper, que une femme qui n'a jamais aymé. Car amour de soy est une passion qui a plus tost saisy le cueur que l'on ne s'en advise; et est ceste passion si plaisante, que, si elle se peut ayder de la vertu, pour luy servir de manteau, à grand peyne sera-elle congneue, qu'il n'en vienne quelque inconvenient. - Quel inconvenient sçauroit-il venir, dist Oisille, d'aymer ung homme de bien? -