Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/39

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honneur et nostre conscience en dangier? - Ce n'est pas ce que je vous dis, respondit Dagoucin, car celluy qui ayme parfaictement craindroit plus de blesser l'honneur de sa dame, que elle-mesme. Parquoy il me semble bien que une response honneste et gratieuse, telle que parfaicte et honneste amityé requiert, ne pourroit qu'accroistre l'honneur et amender la conscience; car il n'est pas vray serviteur, qui cherche le contraire. - Toutesfois, dist Ennasuite, si est-ce tousjours la fin de voz oraisons, qui commencent par l'honneur et finissent par le contraire. Et si tous ceulx qui sont icy en veullent dire la verité, je les en croy en leur serment." Hircan jura, quant à luy, qu'il n'avoit jamais aymé femme, horsmis la sienne, à qui il ne desirast faire offenser Dieu bien lourdement. Autant en dist Simontault, et adjousta qu'il avoit souvent souhaicté toutes les femmes meschantes, hormis la sienne. Geburon luy dist: "Vrayment, vous meritez que la vostre soyt telle que vous desirez les autres; mais, quant à moy, je puis bien vous jurer que j'ay tant aymé une femme, que j'eusse mieulx aymé mourir, que pour moy elle eust faict chose dont je l'eusse moins estimée. Car mon amour estoit fondée en ses vertuz, tant que, pour quelque bien que je en eusse sceu avoir, je n'y eusse voulu veoir une tache." Saffredent se print à rire, en luy disant: "Geburon, je pensoys que l'amour de vostre femme et le bon sens que vous avez, vous eussent mis hors du dangier d'estre amoureux, mais je voys bien que non; car vous usez encores