Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/55

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


fut envoyée par la dame à la femme du cappitaine. Et, quant la bonne vielle veid la lettre et l'anneau, il ne fault demander combien elle pleura de joye et de regret d'estre aymée et estimée de son bon mary, de la veue duquel elle se voyoit estre privée. Et, en baisant l'anneau plus de mille fois, l'arrousoit de ses larmes benissant Dieu qui, sur la fin de ses jours, luy avoit redonné l'amityé de son mary, laquelle elle avoit tenue longtemps pour perdue; et, remerciant la religieuse qui estoit cause de tant de bien, à laquelle feit la meilleure response qu'elle peut, que le messaigier rapporta en bonne dilligence à sa maistresse, qui ne la leut, ny n'entendit ce que lui dist son serviteur, sans rire bien fort. Et se contenta d'estre defaicte de son diamant par ung si proffitable moyen, que, de reunir le mary et la femme en bonne amityé, il luy sembla avoir gaingné ung royaulme.

Ung peu de temps après, vindrent nouvelles de la defaicte et mort du pauvre cappitaine, et comme il fut habandonné de ceulx qui le devoient secourir, et son entreprise revelée par les Rhodiens, qui la devoient tenir secrette; en telle sorte que luy avecq tous ceulx qui descendirent en terre, qui estoient en nombre de quatre vingtz, furent tous tuez: entre lesquelz estoit un gentil homme, nommé Jehan et ung Turc tenu sur les fondz par la dicte dame, lesquelz