Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/84

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de la chambre, toute esvanouye. Ces pauvres femmes se leverent à ce cry, tant estonnées de veoir leur maistresse, comme morte, couchée par terre, et d'ouyr ces propos, qu'elles ne sceurent que faire, sinon courir aux remedes pour la faire revenir. Et, quant elle peut parler, leur dist: "Aujourd'huy voyez-vous, mes amyes, la plus malheureuse creature qui soit sur la terre!" et leur vat compter toute sa fortune, les prians la vouloir secourir, car elle tenoit sa vie pour perdue.

Et, en la cuydant reconforter, arriva ung varlet de chambre de son mary, par lequel il luy mandoit qu'elle allast incontinant à luy. Elle, embrassant deux de ses femmes, commencea à crier et pleurer, les prians ne la laisser poinct aller, car elle estoit seure de morir. Mais le varlet de chambre l'asseura que non et qu'il prenoit sur sa vie qu'elle n'auroit nul mal. Elle, voyant qu'il n'y avoit poinct lieu de resistence, se gecta entre les bras de ce pauvre serviteur, luy disant: "Puis qu'il le fault, porte ce malheureux corps à la mort!" Et à l'heure, demy esvanouye de tristesse, fut-emportée du varlet de chambre au logis de son maistre; aux piedz duquel tumba ceste pauvre dame, en luy disant: "Monsieur, je vous supplie avoir pitié de moy, et je vous jure la foy que je doibs à Dieu, que je vous diray la verité du tout." A l'heure, il luy dist comme ung homme desespéré: "