Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/94

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mieulx qu'il povoit, mais, pource qu'ilz estoient mieulx montez que luy, le pauvre homme fut prins. Et luy, qui ne sçavoit pourquoy, leur crya mercy; et descouvrant son chapperon pour plus humblement les prier teste nue, congnurent bien que ce n'estoit pas celluy qu'ilz cherchoient, et que leur maistresse s'estoit bien mocquée d'eulx; ce qu'elle feit encores mieulx à leur retour, disant: "C'est à telles gens que l'on doit bailler dames à garder: ils les laissent parler sans sçavoir à qui, et puis, adjoustans foy à leurs parolles, vont faire honte aux serviteurs de Dieu."

Après toutes ces mocqueries, s'en alla au lieu où son mary l'avoit ordonnée, où ses deux belles seurs et le mary de l'une la tenoient fort subjecte. Et, durant ce temps; entendit le mary comme sa bague estoit en gaige pour quinze cens escuz, dont il fut fort marry; et, pour saulver l'honneur de sa femme et la recouvrer, luy feit dire par ses seurs qu'elle la retirast et qu'il paieroit quinze cens escuz. Elle, qui n'avoit soulcy de la bague, puis que l'argent demoroit à son amy, luy escripvit comme son mary la contraingnoit de retirer sa bague, et que, à fin qu'il ne pensast qu'elle le fist par diminution de bonne volunté, elle luy envoyoit ung dyamant, que sa maistresse luy avoit donné, qu'elle aymoit plus que bague qu'elle eust. Le gentil homme luy envoya très voluntiers l'obligation