Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/95

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


du marchant, et se tint content d'avoir eu les quinz cens escuz et ung dyamant, et demeuré asseuré de la bonne grace de s'amye, combien que depuis, tant que le mary vesquit, il n'eut moyen de parler à elle que par escripture. Et, après la mort du mary, pource qu'il pensoyt la trouver telle qu'elle luy avoit promis, meist toute sa dilligence de la pourchasser en mariage; mais il trouva que sa longue absence luy avoit acquis ung compaignon myeulx aymé que luy: dont il eut si grand regret, que, en fuyant les compaignyes des dames; qu'il cherchea les lieux hazardeux, où, avecq autant d'estime que jeune homme pourroit avoir, fina ses jours.

"Voylà, mes dames, que sans espargner nostre sexe, je veulx bien monstrer aux mariz qui sçavent les femmes souvent de grand cueur sont plustost vaincues de l'ire de la vengeance, que de la douleur de l'amour; à quoy ceste-cysceut long temps resister, mais à la fin fut vaincue du desespoir.Ce que ne doibt estre nulle femme de bien; pource que, en quelque sorte que ce soit, ne sçauroit trouver excuse à mal faire. Car, de tant plus les occasions en sont données grandes, de tant plus se doyvent monstrer vertueuses à resister et vaincre le mal en bien, et non pas rendre mal pour mal: d'autant que souvent le mal que l'on cuyde randre à aultry retombe sur soy. Bienheureuses celles en qui la vertu de Dieu se monstre en chasteté, doulceur, patience et longanimité!"