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les cévennes

tuellement le village de leur chute et perchées sur un promontoire de rocher qui force la rivière à faire un grand détour. C’est un tableau d’un pittoresque achevé. La route passe, en un tunnel de 110 mètres de longueur, sous le château ; la vallée s’élargit, et bientôt on distingue, sur un mamelon entouré de trois côtés par un méandre du Lol, le village de Saint-Julien-du-Tournel (753 hab. la comm., 200 aggl.), dont l’église romane se détache en vigueur sur le ciel.

Puis on traverse Bagnols (914 m.), aux bains sulfureux rustiques, très fréquentés pour les rhumatismes et les maladies de cour, connus des Romains ; — Sainte-Hélène (191 hab. la comm., 172 aggl.); — Nojaret, où est né le chimiste Chaptal (1756-1832); — Badarous (726 hab. la comm., 526 aggl.), et l’on parvient en vue de Mende.

L’ancienne route, encore plus riche en beaux points de vue, parce qu’elle s’élevait davantage, passait au sud de la nouvelle par le col de Bourbon (1,081 m.), très étudié des géologues, coupait la grande draye du mont Lozère et la ligne de partage des eaux au point coté 1,189, à 1,800 mètres au sud-ouest du col de Tribes, se maintenait dès lors entre 1,100 et 1,200 mètres, gagnait le col de la Loubière, suivait la crête du roc de l’Aigle, qui, entre Lanuéjols et le Lot, relie ce col au causse de Mende, et atteignait la ville par la descente de la Roussette.

Encore aux environs du chef-lieu de la Lozère, on peut voir le village celtique de Chastel-Nouvel (595 hab. la comm., 201 aggl.), à 7 kilomètres au nord sur la route de Saint-Flour. Voici comment ses ruines sont décrites par le savant abbé Boissonnade :

« Au nord-ouest de Chastel-Nouvel, et sur le chemin d’Aspres, des entassements de matériaux forment sur le sol des bourrelets plus ou moins rectangulaires, au-dessus desquels émergent parfois de gros blocs alignés, et accusent les ruines d’un village très ancien, composé d’une vingtaine d’habitations de 4 à 5 mètres de long sur 3 au plus de large.

« Les plus gros blocs, établis de distance en distance, surtout aux angles et aux deux côtés de l’entrée, semblent avoir formé la grosse charpente. Les vides étaient remplis de pierres de moyen appareil, et à 1 mètre du sol devait s’appuyer la toiture, consistant en arbres et en branchages recouverts de mottes de terre gazonnées.

« Au centre de ces ruines figurait un amoncellement plus considérable de matériaux. Des fouilles ont révélé en ce point l’existence d’un four. « Ces ruines sont, du reste, presque en tout semblables à celles des vieilles habitations gauloises ou celtiques si nombreuses sur l’Aubrac. Ces dernières seraient un peu plus arrondies ou plus irrégulièrement assises.

« À quelques pas de là, vers l’ouest et sur le flanc de la pente, se voit un amoncellement de roches métamorphiques qui semblent s’être détachées de la montagne par fendillement, puis renversées pêle-mêle, sans ordre aucun.

« Toutefois, vers le bas de ce vaste éboulis on rencontre, ouverte sur l’ouest, une porte formée de trois blocs énormes, dont deux, dressés à 80 centimètres l’un de l’autre, sont surmontés du troisième en forme de linteau.

« C’est là l’entrée d’une sorte de corridor de 1 mètre de large en moyenne, dont les murs, en pierre sèche, grossièrement alignés, sont surmontés à hauteur d’homme de blocs roulés l’un contre l’autre pour en former le plafond.

« Ce corridor, après quelques pas, donne accès à un étroit réduit de forme arrondie, mesurant à peine 2 mètres de diamètre. De là partent, dans deux nouvelles directions, deux couloirs très étroits, offrant juste le passage d’un