Page:Martin - Histoire des églises et chapelles de Lyon, 1908, tome I.djvu/109

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l’église des minimes

pour vertu dominante et la charité pour devise ; ainsi fut constitué l’ordre des Frères Minimes, nommés aussi les Bonshommes. Invité par Louis XI au Plessis-les-Tours en 1483, le saint patriarche ne guérit pas le roi vieilli et malade, mais il lui enseigna à bien mourir et il obtint de fonder près de sa cour, afin de l’édifier, le premier couvent français. Celui de Lyon, à la Croix de Colle, fut le seizième.

Saint François de Paule, d’après un tableau du xviie siècle.

Son origine est due aux prédications dont un excellent religieux, le P. Simon Guichard, se chargea dans l’église de Sainte-Croix, pendant le carême de 1552. Leur succès fut extraordinaire : leur vogue universelle. La ville entière fut ébranlée par cette éloquence pleine d’un feu apostolique et les calvinistes, dont le nombre et l’audace se multipliaient, se virent arrêtés dans leur propagande clandestine. On désira qu’un tel homme de Dieu ne s’éloignât plus et pour le conserver on lui promit un monastère. Les patentes de l’archevêque, le cardinal de Tournon, furent octroyées le 16 janvier 1553, dès que l’endroit propice à l’installation eut été arrêté. « Le lieu où vous voulez édifier une église, disait la lettre approbative, a été sanctifié dans les premiers temps du christianisme par la mort d’un grand nombre de confesseurs de la foi et en mémoire de la lutte de ces martyrs, il s’appelle encore la place de la Décollation. » Il était impossible de procurer à l’entreprise un plus touchant et plus glorieux patronage et la situation ne semblait pas moins convenir au recueillement et à la prière.

La Providence ménagea aux arrivants un protecteur aussi riche qu’influent dans le doyen du chapitre primatial, le chef du corps le plus considérable de la cité. Théodore de Vichy de Champrond, pourvu d’un canonicat, dès le 2 septembre 1533, avait été reçu le 23 décembre suivant ; le décanat lui était échu par la résignation que Jacques de Tournon avait faite en sa faveur, il en avait pris possession le 26 mai 1548. Un chroniqueur anonyme du couvent le désigne comme « le bon père et l’insigne bienfaiteur ». Ses dons abondants justifient ce litre. Non seulement il fournit l’appoint le plus considérable aux acquisitions terriennes, mais pendant plusieurs années il veilla à l’entretien et à la nourriture de la communauté : il s’était constitué son intendant d’office et, dans son testament, dicté le 5 juin 1555, codicille six jours seulement avant sa mort, le 2 janvier 1569. il leur légua en totalité les économies qu’il n’avait point épuisées à les assister. Ses amis particuliers furent les plus chauds soutiens de ses protégés et celui qui contribua