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histoire des églises et chapelles de lyon

Les Réguliers, sous l’ancien régime, transformaient leurs chapelles en véritables nécropoles ; les gens du dehors y choisissaient volontiers leur sépulture, par dévotion ou par amour-propre, mais aussi dans l’espoir nullement imaginaire d’être secouru outre-tombe par des prières plus abondantes et de plus méritoires suffrages. La bibliothèque municipale possède le Livre funéraire du monastère de la Croix de Colle, emporté en 1791 par le dernier sacristain, le P. Claude Chevillard, et tombé on ne dit pas comment dans ce dépôt. La liste des trépassés y est considérable : les uns possèdent des caveaux de famille et y descendent de père en fils pendant plusieurs générations ; d’autres ont payé pour le droit à une simple fosse, immédiatement comblée après leur inhumation. Tous les rangs s’y confondaient un peu : nobles et roturiers, prêtres et laïques, bourgeois et marchands voisinaient dans l’égalité de la mort. Beaucoup de noms seraient à remémorer : nous en relèverons quelques-uns, des plus notables. Claude Huvet et Paul d’Aubarède, chanoines de Saint-Just ; Verbois, prieur de Saint-Côme et de Saint-Damien ; les Périer, le père et le fils, deux peintres de talent ; un religieux de Malte, Pierre Mallet, des Piégay, des Du Soleil, le médecin Pancrace Marcellin, dont la pierre tumulaire n’a pas été détruite ; Claudine de Fenoyl, femme de .Jacques Cardon de la Roche, nièce de Maurice de Fenoyl, déposée près de son oncle, au centre du chœur ; Françoise de La Mure de Rilly, veuve du sieur de la Fougère, fondatrice du couvent de Roanne ; noble dame Marthe de Gadagne, fille de M. le comte de Verdun, religieuse professe du prieuré de Jourcey, venue pour consulter les médecins, décédée le 4 novembre 1684. Trois générations des Pianelli de la Valette vinrent s’y rejoindre, dans la chapelle Saint-François de Paule qu’ils avaient dotée ; ainsi le trésorier de France Jean-Baptiste, mort à 84 ans, le 21 mai 1689 ; André, son frère, doyen des conseillers du Présidial, à 86 ans, le 20 février 1699 ; le fils et le petit-fils du premier : Laurent, président des trésoriers de France, Prévôt des marchands, à 75 ans, le 10 octobre 1718 ; Jean-Baptiste, mort le Vendredi saint, le 24 mars 1758. La cave funèbre des moines était creusée au bas des degrés du maître-autel ; elle occupait toute la largeur du sanctuaire ; le dernier qui y fut porté, le 16 octobre 1789, fut le P. Antoine Deschamps, âgé de 47 ans, après vingt ans de profession.

Ces ossements en poussière furent l’unique chose que la Révolution respecta dans ces lieux fondés par le P. Guichard et le doyen de Saint-Jean, M. de Vichy. L’Histoire du couvent des Minimes de Lyon raconte quels furent les derniers actes d’une communauté que l’indiscipline, l’oisiveté, le philosophisme avaient atteinte, avant que les décrets de la Constituante la bannissent. Depuis trop longtemps la cognée était à la racine de l’arbre, lorsqu’il tomba sous les coups violents de législateurs aussi dépourvus de justice que de prévoyance. Le cloître, au moment de la visite domiciliaire des officiers de la municipalité, abritait seize religieux, deux ex-provinciaux, le correcteur, le P. J.-B. Lombard, onze prêtres et deux frères lais. Quatre seulement exprimèrent le désir de continuer la vie commune, les Pères Lombard, Posuel, Chevillard et Roux. Rendus à la vie séculière, pour se soustraire à la persécution, la plupart prêtèrent les serments exigés par la loi et livrèrent leurs lettres d’ordination. L’un d’entre eux, Jean-François Posuel, arrêté à cause