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histoire des églises et chapelles de lyon

la passerelle Saint-Vincent, qu’on débarquait les marchandises ; là aussi se trouvait un bureau de douanes ; la population se composait principalement de bateliers, corporation des plus estimées. Le musée possède de nombreuses épitaphes, rappelant les nautes, — celle, par exemple, de Tauricius Florens, patron des bateliers de la Saône, inscription découverte dans l’ancienne rue de la Boucherie-Saint-Paul.

Il n’est pas niable qu’il y eut, parmi les marchands qui atterrissaient au port Saint-Paul, des négociants d’Asie et de Grèce, qui avaient accompagné les premiers apôtres de la Gaule dans leur voyage, il est donc possible que plusieurs habitants de l’antique quartier aient versé leur sang pour le Christ, avec les Pothin et les Blandine. En tout cas l’histoire a conservé le nom des saints Alexandre et Épipode, martyrs, dont le culte s’est maintenu dans le quartier Saint-Paul et sur lesquels nous reviendrons à propos de la chapelle Saint-Épipoy.

Les textes les plus authentiques attribuent à saint Sacerdos, évêque de Lyon, mort en 552, la fondation de l’église Saint-Paul. Une charte publiée par les Bénédictins dans la Gallia christiana, confirme cette fondation et apprend que le fils de Clovis favorisa, en cette entreprise autant qu’en beaucoup d’autres, le zèle du pieux pontife. L’église telle qu’elle est aujourd’hui déconcerte le premier regard, si on la considère de la place Gerson : flèche et pyramide gothiques, fenêtres ogivales, porte romane, dôme byzantin, appareils en pièces à losange ou en chaîne de briques, ces formes mêlées semblent l’avoir été par un caprice ou par la succession des siècles insoucieux d’harmonie. Mais à l’étudier de près, le monument montre de profondes cohésions de styles variés.

Hugues, archevêque de Lyon, réédifia l’église de 1084 à 1106. Le plan général était dès lors arrêté, mais l’exécution en fut lente selon l’usage : elle se prolongea jusqu’au milieu du xiiie siècle. Par sa coupole et l’union du plein cintre roman et de l’ogive dans les arcs, Saint-Paul n’en prend pas moins rang, au xiie siècle, parmi les heureuses réalisations du romano-ogival primaire. Ce style se distingue déjà, on le sait, du roman pur par une richesse sans cesse croissante d’ornementation ajoutée à ses deux caractères originaux.

Des modifications répétées n’ont pas enlevé à la vénérable collégiale cette marque initiale. En 1440, Pierre Ier de Charpin, chamarier de Saint-Paul, commença un nouveau clocher qu’acheva son neveu Pierre II, également chamarier : ce clocher était carré, percé sur chaque face de deux fenêtres divisées en deux baies par un meneau. La tour était surmontée d’une petite flèche en pierre dite l’aiguille, que l’architecte Flachéron démolit en 1818. parce qu’elle menaçait ruine. La conséquence de cette destruction fut qu’on ne put épargner le support de la flèche, appareil en encorbellement d’un très remarquable travail, et parmi les matériaux duquel il y avait de vieilles dalles tumulaires dont on conserve plusieurs au musée du Palais des Arts.

Aux flancs du clocher, du côté nord, a survécu une tourelle à cône aigu, à étroites meurtrières. En 1875, on éleva la flèche actuelle, de style gothique où l’on employa le bois au lieu de la pierre, par la crainte que le clocher ne pût soutenir une flèche en pierre, précaution peut-être sage mais qui n’atténue pas le regret qu’on éprouve de la double offense faite ainsi aux vieilles parties de l’édifice. Un an plus tard on commit une pareille contradiction en érigeant une porte gothique à la place de l’entrée