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histoire des églises et chapelles de lyon

chœur. Là, le sous-maître du chœur le conduisait devant le grand autel où il restait agenouillé sur le marchepied, tandis que son confrère, en quelque sorte son parrain, restait à droite jusqu’à la fin de l’oraison : Exaudi. À ce moment l’officiant, le diacre et le céroféraire se retiraient dans le chapitre pour changer d’ornements, laissant le postulant seul avec le sous-diacre revêtu. On apprêtait le branle des cloches, deux prêtres commençaient à chanter les litanies au milieu du chœur et après l’invocation à la Sainte-Vierge, toute la procession partait en chantant les litanies, précédée du sous-diacre qui portait la croix haute et que suivaient les deux reclus ; la grosse cloche tintait alors son carillon de fête autant qu’il était nécessaire et aux dépens du reclus intronisé. Les litanies s’achevaient quand la procession était parvenue devant la recluserie. L’obéancier, c’est-à-dire le chanoine qui avait la recluserie dans sa pari de revenus, prêchait, enseignait au reclus ses devoirs. En outre, il l’instruisait publiquement de la vie de saint Eucher, fameux ermite devenu évêque de Lyon et de la forme, règle et façon de vie qui devenaient siennes dès lors.

Ce rituel ne variait guère de paroisse à paroisse ou de monastère à monastère. Il est à noter que nul texte de ces installations ne relate le fameux mûrement de la porte de la cellule : on ne connaît qu’un exemple de ce genre de séquestration en 1519, et c’est d’une fille repentie, non d’une recluse proprement dite qu’il s’agit.

Une fois mis à l’abri du siècle, les reclus avaient encore à pourvoir cependant à partie au moins de leur subsistance et de leur entretien. Presque tous étaient pauvres et tous faisaient vœu de stricte pauvreté : ceux qui avaient des biens les abandonnaient quels qu’ils fussent, présents ou à venir ; ils jouissaient, il est vrai, du produit d’un modeste fonds, vigne, jardin ou verger, affecté à leur agrément et à leur entretien et encore le plus souvent d’une menue dotation attachée à leur oratoire, mais tout cela était bien insuffisant : Sainte-Marie-Madeleine, par exemple, avait trois livres de rentes et trois, lampes d’huile ; Saint-Barthélemy, 25 livres et trois ânées de froment ; Saint-Marcel, une ânée de froment, Saint-Sébastien 15 livres et 10 bichets de froment. Le plus clair de leurs revenus était en aumônes annuelles, en oblations, en rémunérations d’actes pieux, en legs collectifs ou particuliers ou dans le gain qu’ils tiraient d’une petite industrie. Observons toutefois que ce gain n’apparaît dans les documents qu’aux xve et xvi siècles, à l’âge de la décadence de l’institution : en 1457 notamment, le reclus Denis était relieur ; plus lard, les reclus de Saint-Marcel et de Saint-Épipoy traçaient des dessins de broderie. La comptabilité municipale du xve siècle atteste encore une aumône annuelle de la ville, de trois gros sous, payables la veille de Noël ; joignez à cela des secours en argent et en nature accordés régulièrement par l’archevêque. Enfin, si le reclus était prêtre, son pécule s’accroissait des intérêts laissés pour les fondations perpétuelles, anniversaires et autres.

Il reste à prouver ce que nous avons avancé plus haut : c’est que nos recluseries naquirent d’églises ou plus nettement survécurent à de vieilles églises et n’eurent pas d’autre origine. Un ancien rituel des processions des rogations, fragment du barbet ou cérémonial de Saint-Just, indique qu’au ixe siècle au moins, l’église Sainte-Blandine,