Page:Martin - Histoire des églises et chapelles de Lyon, 1908, tome I.djvu/251

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providence caille et petits-frères de marie

au point de leur défendre de porter la main à quoi que ce fut à table, et de montrer trop ouvertement leur goût. C’est par de tels entraînements qu’on prépare les enfants aux rudes devoirs de toute vie humaine. Son rare naturel étant ainsi secondé, Marcellin faisait prévoir une foi ferme et une piété pure. Mais rien n’annonçait que ce garçonnet timide serait un apôtre si décidé et une sorte de réformateur.

M. le chanoine Beaujolin, vicaire général de Lyon.

À douze ans, Marcellin était cité comme un modèle de sagesse précoce : il montrait de l’inclination, surtout pour le bon usage des choses temporelles et une habileté extraordinaire aux travaux manuels. Il gardait soigneusement les pièces d’argent que son père lui donnait en récompense de sa conduite sérieuse, et ne voulait pas qu’on touchât à son petit trésor, même pour lui acheter des vêtements. Assidu à la culture et à faire valoir le moulin de ses parents, il paraissait destiné à continuer l’état et les profits de ceux-ci. Nul signe ne le marquait au dehors pour la vocation des hommes que le Seigneur appelle dans les sentiers rares et difficiles.

À cette époque, M. Gourbon, le zélé vicaire général du cardinal Fesch, se rendait auprès des curés pour recruter des élèves au grand séminaire et préparer ainsi la restauration du clergé. Natif de Saint-Genest-Malifaux et ami particulier du curé de Marlhes, il fit prier ce dernier par un professeur du grand séminaire qui passait dans cette paroisse une partie de ses vacances, de lui donner quelques jeunes gens intelligents et pieux, propres à devenir des prêtres actifs. M. Alirot, tel était le nom du curé, ne trouva à désigner à l’émissaire de M. Courbon que les garçons de la famille Champagnat « qui semblent assez retirés » écrivait-il. « Mais, je n’ai pas ouï dire qu’aucun eut l’intention d’étudier le latin ; au reste vous devez passer au Rozet, le hameau du bourg de Marlhes où habitent les Champagnat, entrez-y et vous verrez. »

L’ecclésiastique se rendit au Rozet ; le père Champagnat le reçut avec respect, et lui présenta son aîné. « As-tu envie d’étudier le latin pour être prêtre, lui demanda-t-il, renouvelant une question de l’abbé. — « Non », répondit en rougissant mais d’un ferme accent, l’adolescent intimidé. À cet instant le cadet et le petit Marcellin revenaient ensemble du moulin. Le cadet fit une réponse aussi précise ; ce fut un « non » très expressif. Marcellin embarrassé balbutia quelques mots qui ne furent pas compris. Mais l’abbé le tira à part et fut tellement frappé de son air ingénu et de son caractère franc, qu’il