Page:Martin - Histoire des églises et chapelles de Lyon, 1908, tome I.djvu/253

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providence caille et petits-frères de marie

Lavalla, dans le canton de Saint-Chamond, était une paroisse modeste : l’abbé Champagnat avait commencé, par en saluer, à genoux, le clocher. Ce village, disséminé sur le penchant et dans les gorges des montagnes sur des hauteurs escarpées et dans des vallées profondes, convenait à sa vigueur de corps et d’esprit. Ce n’étaient que montées, descentes, rochers et précipices ; plusieurs des hameaux éloignés de l’église d’une heure ou deux et sans chemins praticables semblaient défier son enthousiasme. Les habitants étaient de bonnes gens, aussi confiants que peu instruits ; ils ne tardèrent pas à se louer de leur vicaire et, pour lui marquer leur contentement, à lui doubler la besogne en le mettant dans toutes leurs difficultés. Pour lui, il considéra que c’était le bon chemin qu’on lui montrait : peu à peu il entra dans les cœurs par les intérêts. Il prêchait d’un accent si persuasif, si naturel, que les auditeurs lui venaient de tous les côtés à travers les gouffres remplis de neige, à travers les éboulements, « à travers le diable », disait un de ses auditeurs les plus assidus, qui ne pensait pas dire si juste.

Le cardinal Fesch, archevêque de Lyon.

Il va de soi que l’abbé Champagnat usait, par dessus ses moyens oratoires, du catéchisme et de l’instruction familière des enfants. Il avait commencé par attirer de la sorte les parents. Mais il songeait, au plus intime de lui-même, à développer ce moyen, à en faire quelque chose comme une institution stable. Appelé un jour à plusieurs lieues, au fond d’une vallée, tandis que la pluie faisait rage, au chevet d’un garçonnet d’une douzaine d’années qui agonisait, il fut stupéfait de le trouver plus dénué qu’un sauvage de toutes notions surnaturelles ; il fallut qu’il lui apprît jusqu’au nom même de Dieu. En rentrant au presbytère, il se sentit envahi par une pensée irrésistible, celle de fonder une société de frères « pour prévenir un si grand malheur, en instruisant chrétiennement les enfants de la campagne » : ce sont les propres expressions dont il se servit, peu après, dans son avant-projet.

Sans tarder, il s’ouvrit de son dessein à un adolescent, Jean-Marie Grangeon, qui était accouru le chercher une nuit, pour qu’il confessât un malade, et dans lequel il avait discerné de suite son premier sujet. Il s’appliqua, dès lors, à seconder cet heureux naturel par des leçons répétées. Jean-Baptiste Andras, plus jeune encore, presqu’un enfant, mais dont la pureté avait mûri et fortifié l’intelligence et la volonté, se joignit à ce premier disciple. On peut dire que de ce jour, 13 décembre 1816, l’institut des Petits-Frères de Marie était né : Dieu l’avait fondé, si les hommes ne le connaissaient pas encore. Une petite maison proche du presbytère était en vente : l’abbé Champagnat, avec une belle audace qui ne l’abandonna jamais et qui le fit tenir pour fou dans la suite par les prudents du monde, n’hésita pas à l’acheter, quoiqu’il fut sans argent.

Le 2 janvier 1817, il y établit la faible communauté composée de deux corps unis en une seule âme. Les exercices de piété qu’il prescrivit à Grangeon et à Andras furent d’abord courts et peu nombreux ; leur travail manuel était de faire des clous. L’hiver se passa paisible et fécond dans ces humbles occupations ; le printemps amena une nouvelle recrue, Antoine Couturier, qui devint plus tard le modèle de la société sous le nom de