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histoire des églises et chapelles de lyon

Les enfants de l’orphelinat Caille ont été confiés, pendant de longues années, aux mains expérimentées de ces éducateurs. Depuis trois ans, des maîtres laïques instruits et dévoués les ont remplacés, et s’efforcent de continuer les traditions de leurs prédécesseurs. La chapelle de l’établissement est modeste ; elle a été aménagée dans l’intérieur de la maison. Un autel de bois et quelques statues de saints forment tout le mobilier de l’oratoire. La maison est vaste, elle contient amplement les trente orphelins que la charité y entretient. Plusieurs maîtres y font la classe et les plus grands des enfants sont initiés aux travaux de l’agriculture dans le vaste enclos de l’établissement.

PRADO

La vie du Père Chevrier a été écrite assez longuement pour que la mémoire soit gardée des principaux actes de ce saint prêtre. Les miracles, surtout moraux, à travers toute cette existence d’homme, feront la matière du plus beau des poèmes. Nous souhaitons que le poète vienne et qu’il soit digne de son sujet. Si Ernest Ilello eût connu le père Chevrier, nul doute qu’il eût été ce poète-là, pour la joie et le juste orgueil des âmes chrétiennes qui vivent dans notre siècle en répétant jusqu’à le croire : « Hélas ! il n’y a plus de saints ! » ce qui est inexact.

Antoine Chevrier naquit à Lyon, le 16 avril 1826, jour de la fêle de Saint-Benoît Labre, auquel il s’appliqua tant à ressembler et dont il fit renaître ici-bas beaucoup de traits et des meilleurs, quoiqu’on un domaine d’activité plus vaste. Son père, Claude Chevrier, issu d’une ancienne famille lyonnaise, était un modeste employé de l’octroi ; sa mère, Marguerite Fléchet, originaire de la Tour-du-Pin tenait un petit atelier pour le tissage de la soie. Ils avaient tous deux les vertus des époux chrétiens, mais au contraire de ce que l’on voit le plus souvent, la douceur, la tendresse étaient toutes du côté du père, tandis que la mère exerçait son autorité avec une force qui ne laissait pas d’approcher souvent de la rigueur. On ferait un livre utile, en vérité, de l’histoire des mères fortes qui donnèrent des saints à la terre, depuis saint Augustin, jusqu’à saint Louis et saint Ignace de Loyola. L’enfant naquit d’ailleurs i^empli d’excellentes dispositions et d’une vigueur dont il devait user abondamment.

Son austérité commença dès l’éveil de sa raison, mais sans mêler à son visage qui était gracieux, le moindre nuage de contrainte, sans comprimer en rien ses mouvements qui étaient prompts. Sa mère, en dépit de sa rigueur, aimait à le parer de son mieux : « Oh ! le bel enfant, » disait-on sur son passage ; et le bel enfant déjà maître de lui, réprimait les suggestions de la vanité en son esprit et en son cœur, par quelque renoncement ou quelque pénitence. Il rayonnait de la pureté fruit de l’obéissance et de l’allégresse qui manque rarement de s’y joindre avec la vaillance et l’à-propos.

« Un jour, » raconte-t-il lui-même, « tandis que j’apprenais chez les Frères, les enfants